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Hommage à Jacques Chirac au Conseil de Paris par le groupe écologiste

Au nom du Groupe des élu.e.s écologistes, j’exprime toutes mes sincères condoléances à la famille de Jacques Chirac, à ses proches et à ses amis. Je comprends et respecte pleinement la peine et la douleur qui sont la leur. Car ce décès, c’est important de le redire, touche d’abord la sphère privée, c'est d'abord en effet celui d'un homme, de son être, de ce qui constitue et constituait son intimité et celle de ses proches, même s’il constitue aussi un événement public qui conduit à nous exprimer ici, librement j’espère.

Car Jacques Chirac a incarné Paris pendant 18 ans, avant d’incarner la France. Par son histoire, par son parcours politique, par son amour inconditionnel de la ville, par sa personnalité aussi, mainte fois décrite, il aura marqué plusieurs générations, il aura marqué cette ville. Mais Jacques Chirac est aussi le porteur d’une action politique, dont le bilan mérite et sera discuté.

Je n’ai personnellement jamais rencontré Jacques Chirac. Évoquer sa mémoire revient donc, sans esprit hagiographique ni accusatoire, à comprendre en quoi son action publique est susceptible d’enseignements pour guider notre action présente et à venir, alors même que les écologistes – et ce n’est un secret pour personne - ne sont d’aucune façon ses héritiers politiques. Il n’est du point de vue de la filiation politique pour nous ni un père, ni un grand-père.

D’abord par la longévité de son parcours. Beaucoup l’admire, et il aura été ce qu’on appelle « une bête politique » qui lui vaudra la sympathie des français.e.s. Mais n’oublions pas que cette longévité, c’est aussi la longue histoire du cumul des mandats. Alors bien sûr, le contexte politique d’alors n’était pas le même que celui d’aujourd’hui, et nous le savons, nous ne ferons plus jamais de la politique comme au temps de Jacques Chirac. Mais gagner une élection pour gagner une élection ne constitue pas en soi un projet politique. Cela traduit bien souvent une ambition personnelle, voire une dépendance tant au pouvoir qu’aux ors de la République. On sait combien notre démocratie souffre encore du cumul des mandats, simultané et dans la durée, combien elle souffre du manque de représentativité de toutes les parts diverses de la société française, combien elle souffre de l’abstention.

Quant au projet politique porté par le responsable politique Jacques Chirac, quelle leçon en tirer ? Difficile à dire tant son inspiration varia selon les circonstances, keynesienne un jour et ultra-libérale un autre, atlantiste et non-alignée, européeniste et nationaliste. Jacques Chirac, c’est celui qui a été capable de créer ce qui allait devenir le fond mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose - dont l’utilité pour des millions de personnes n’est plus à démontrer, comme de rater l’occasion, en pleine épidémie de sida, de ne proposer aucune réelle politique en faveur de la communauté LGBT parisienne pourtant alors décimée par l’épidémie dans les années 80. Jacques Chirac, c’est celui qui était capable tenir des propos sur « le bruit et les odeurs » des travailleurs immigrés ou bien de fonder un programme électoral sur l’insécurité et, un autre jour, de construire un projet (victorieux) sur la fameuse « fracture sociale » et l’aide aux plus fragiles qu'on retrouve avec la création du Samu Social, la réquisition courageuse de 2000 logements en 1994 et la création de la carte Paris Santé prémices de la couverture maladie universelle.

Jacques Chirac enfin, c’est celui qui était captable de lancer l’armée contre les Kanaks d’Ouvéa, de se poser courageusement contre la guerre en Irak et en même temps d’écarter fermement et avec constance durant toute sa carrière toute alliance avec le Front National. Et on voit à quel point cette digue serait salutaire quand on entend les discours fascisant de la convention des droites de ce week-end.

Sur ce dernier point, permettez-moi de redire ici que le 2eme tour de la Présidentielle de 2002 fut aux yeux de beaucoup difficile. Difficile du fait de l’annihilation d’un vrai choix politique – comment imaginer un seul instant voter pour l’extrême droite ? - difficile du fait aussi du passif politique de celui qui avait été si longtemps maire de Paris, dont les pratiques ont été si décriées, si combattues, notamment à l’époque par les écologistes.

Car en effet, à Paris, la liste des griefs est longue. Il serait d'ailleurs malhonnête de ne pas le rappeler ici ce qui fut un combat politique extrêmement vif et pour lequel de nombreuses et nombreux d'ailleurs militants écologistes se sont engagés. Les affaires comme on les appelait ont émaillé ces mandats successifs et elles furent les symptômes de pratique d'une  façon de faire la politique que nous ne voulons plus depuis longtemps. D’ailleurs, Jacques Chirac fut le premier chef d’Etat condamné par la justice. Même si bien sûr, il faut relativiser en examinant le contexte des pratiques en usage à l’époque dans les grands partis institutionnels, et on se souvient par exemple de l’affaire Urba qui a éclaboussé alors le parti socialiste.

Sur les politiques environnementales enfin, Jacques Chirac, à défaut d’être en avance sur son temps, eut le mérite de prendre quelques mesures.

A Paris - dont il fut le premier Maire élu démocratiquement depuis un siècle, et pendant 18 ans ! - ce furent les premières pistes cyclables tracées au sol entre la file des voitures et les couloirs de bus (et pour cela vites surnommées par les cyclistes « corridors de la mort »).

Comme Premier ministre et Président il fit voter différentes lois sur les déchets, les études d’impacts et les installations classées, ainsi qu’un moratoire sur les OGM ou l’abandon de la ligne à haute tension dans le val Louron. Ainsi, peu à peu, et au delà de ses seuls intérêts électoraux, une conviction quant aux questions d’environnement lui vint tardivement, comme en témoigne en 2002 son fameux « La maison brûle mais nous regardons ailleurs », soufflé par Nicolas Hulot, phrase qui ne fut guère suivie d’effet pratique, sinon quand même par la création de la charte de l’environnement intégrée en 2005 dans la constitution, offrant ainsi un statut au principe de précaution.

Par ailleurs, il ne remit jamais en cause l’énergie nucléaire, civile et militaire, allant même jusqu’à relancer les essais militaires à Mururoa dès le lendemain de son élection de 1995.

L’homme public Jacques Chirac laisse un bilan contrasté.

Néanmoins, son opposition à la peine de mort, à la guerre en Irak, la reconnaissance de la complicité de l’Etat Français dans le processus d’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale sont autant d’exemples montrant la complexité du personnage et, tout bonnement, de l’histoire de notre République.

Puissions nous garder le meilleur de l’action politique de Jacques Chirac, son courage, sa capacité à porter une vision, parfois précurseuse et, sans acrimonie, rompre avec tout ce qui n’est pas de nature à évoluer vers une société plus égalitaire et un environnement soutenable.

David Belliard, président du Groupe écologiste de Paris

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