Intervention de Pascal Julien relative au Budget Primitif 2017 de la Préfecture de Police
Madame la Maire, Monsieur le Préfet, chers collègues.
Mon groupe n’a pas attendu les attentats de 2015 pour demander que le budget de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, la BSPP, soit épargné par les restrictions budgétaires.
En effet, dès novembre 2014, lorsque l’on nous annonça un budget prévisionnel en baisse de 2 %, nous avons immédiatement déposé des amendements divers et variés qui permettaient à la brigade de préserver l’essentiel de sa capacité opérationnelle dans un contexte – je le répète – qui n’était pas encore celui des attentats.
Examiner aujourd’hui le budget de la BSPP à travers le prisme trop exclusif des attentats nous semble être une vision à courte vue. Notre devoir est d’offrir à la BSPP un budget lui permettant d’assurer au mieux son travail structurel, quotidien, qui consiste à intervenir sur des accidents sans rapport avec une catastrophe de type attentat ou inondation, ce qui ne signifie évidemment pas que l’on ne doive pas se préparer à ces catastrophes.
Or, dans leurs missions quotidiennes, les pompiers répondent à des besoins structurels de plus en plus importants, résultant de l’augmentation du nombre d’habitants, de la précarité, de la pauvreté, du vieillissement, du raccourcissement du temps d’hospitalisation ; autant de facteurs qui se traduisent par un nombre toujours plus grand d’appels sur le 112 pour des sauvetages à la personne souffrant, par exemple, tantôt d’un malaise, d’un accident cardiovasculaire ou d’une chute sur un trottoir, et bien d’autres exemples.
C’est cela, et avant tout cela, le quotidien des pompiers. Un seul chiffre qui nous a été donné dans la CCGB : 298.394 victimes furent ainsi secourues dans les dix premiers mois de l’année 2015. Pour la même période en 2016, on en compte 318.310, soit une hausse de 6,7 %. Or, du fait de l’accroissement démographique, ce sont 600.000 habitants supplémentaires que les pompiers auront à protéger d’ici 2030. A cette hausse des secours à la personne s’ajoute le fait que les pompiers ont et auront à protéger un nombre toujours croissant d’équipements de toute nature, sportifs ou autres, qui témoignent d’ailleurs du dynamisme de la capitale et de la politique municipale.
Citons également le prolongement de plusieurs lignes de métro et de tramway ou la création de Grand Paris Express avec ses 72 gares. A prendre également en compte les interventions résultant du vieillissement inéluctable du bâti immobilier ainsi que les risques liés au réchauffement climatique avec des périodes caniculaires devenues fréquentes et de moins en moins exceptionnelles.
Telles est, dans le temps qui m’est imparti et trop rapidement énuméré, l’ensemble des facteurs qui devraient guider notre réflexion budgétaire bien au-delà du risque de catastrophes ou d’attentats dont nous ne sous-estimons pas l’importance en le ramenant à une plus juste proportion.
D’ailleurs, un symptôme de cette vision trop catastrophiste des secours : n’est-il pas qu’il aura fallu les terribles événements de 2015 pour susciter chez de nombreux citoyens le désir d’apprendre auprès des pompiers les premiers gestes de secours qui leur serviront pourtant à coup sûr bien davantage dans des circonstances domestiques qu’à l’occasion d’une catastrophe ou d’un attentat.
Voilà pourquoi nous regrettons que ce mouvement citoyen né sous le coup de l’émotion s’essouffle aujourd’hui. En effet, le nombre de participants et de participantes à ces formations de secouriste commencent parfois certains samedis à se compter sur les doigts de la main.
Notre demande constante d’augmenter le budget des signaux (?) aux pompiers de Paris ne fut modestement satisfaite – c’est terrible à dire – que par la grâce des attentats. Ce sont eux bien davantage que la conscience des besoins structurels qui ont convaincu les financeurs de la B.S.P.P. d’inverser la courbe baissière et de consentir à une première hausse de 0,9 % en 2016 et de 1,8 % aujourd’hui.
Constatant cela, je n’ignore pas combien il était légitime que la B.S.P.P. accomplisse elle aussi un effort de productivité au vu de la contrainte budgétaire globale. Chose faite par un ensemble de mesures parmi lesquelles on peut souligner la création de la plateforme de réception unifiée des appels d’urgence, qui a pour effet de réduire le nombre de départs inutiles des équipages, la modulation de la capacité opérationnelle qui évite de garder inutilement en réserve des forces dans les casernes, la mutualisation des matériels avec les S.D.I.S. de la grande couronne et je pourrais continuer. A quoi s’ajoutent aussi certaines économies réalisées sur le chauffage, l’habillement, la pharmacie.
Enfin, suite au vœu déposé par mon groupe le 1er juillet 2015, la B.S.P.P. commence très doucement à prendre sa part dans la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique. Prenons acte d’un début d’effort avec un objectif de 6 % de bio en 2017 dans les repas servis au personnel contre 2 % aujourd’hui.
Quant à l’audit énergétique que j’avais demandé et visant à montrer comment introduire le critère environnemental dans le renouvellement de la flotte de véhicules, il est pour le moment sans conséquence puisqu’on attend toujours l’affiliation de ses résultats. Bref, j’ai envie de dire qu’il faudrait proclamer l’état d’urgence climatique à la Préfecture de police.
Vous le savez, les pompiers de Paris travaillent 944 heures de plus que les pompiers professionnels de la grande couronne, lesquels, et c’est tant mieux, bénéficient du droit syndical et de grève. N’oublions jamais que c’est grâce au statut militaire que les soldats du feu de Paris offrent aux Parisiens les meilleurs pompiers du monde au coût le plus bas du monde. C’est d’ailleurs ce que soulignait déjà un rapport régional de la Cour des comptes en 2011, qui mettait en garde sur le fait de ne pas non plus trop abuser et de ne pas rendre corvéables, à merci, les personnels militaires.
On se réjouit évidemment que le budget qui nous est présenté permette dans ce contexte de recruter 50 sapeurs-pompiers et qu’il revalorise aussi les salaires de plusieurs catégories.
L’an dernier, je concluais mon propos en affirmant que la hausse de la productivité ne suffira plus à financer les besoins de la B.S.P.P. Il faudra très vite consentir une augmentation réelle des crédits pour faire face à ces besoins structurels qui sont bien plus importants, bien plus lourds que les éventuelles catastrophes ou attentats. C’est chose faite cette année et nous nous en réjouissons, mais ce mouvement devra se poursuivre l’année prochaine ; nous y serons vigilants.
Quant à l’autre volet du budget de la Préfecture de police, c’est celui de la police administrative qui offre aux Parisiens un grand nombre de services relatifs à la circulation, au stationnement, à l’hygiène, à la sécurité du bâtiment, à la sécurité préventive, à la délivrance des titres de séjour et d’identité ou encore par exemple aux autopsies et bien d’autres.
Ces services utilisent 55 % des 743.817.000 d’euros du budget spécial alloué à la P.P., soit 408.160.000 d’euros. Or les documents budgétaires concernant ces plus de 408 millions d’euros nous parviennent au mieux une dizaine de jours précédant le Conseil et, surtout, leur présentation, trop analytique et très technique ne permet pas aux élus d’identifier les dépenses telles que je les ai citées précédemment. Après avoir tenté avec mon groupe d’y voir plus clair pendant les deux premiers exercices de la mandature, j’en arrive à la conclusion que nous ne pourrons plus faire confiance sans davantage de clarté.
Il ne s’agit pas ici d’accuser la Préfecture d’organiser l’opacité à des fins politiques dans la présentation de son budget. Non, nous lui demandons simplement de présenter des comptes sous une forme beaucoup plus synthétique permettant aux élus d’exercer leur mission.
Pourquoi ces 55 % du budget ne seraient-ils pas aussi lisibles que le sont les 45 % présentés dans le cadre de la C.C.G.B., la commission consultative de gestion de la B.S.P.P. ? Pourquoi ces 55 % ne seraient-ils pas discutés par une commission en amont du Conseil de Paris, un peu à la manière de la C.C.G.B., qui – nous sommes d’accord – donne satisfaction à tous ses participants ?
Une telle commission, Monsieur le Préfet, serait le lieu du dialogue que vous appeliez de vos vœux tout à l’heure. Ce serait le lieu idéal pour échanger. Vous l’avez vu d’ailleurs, à ma demande, une commission spéciale s’est tenue sur un thème sensible, celui du maintien de l’ordre dans les grandes manifestations sur la loi Travail, et cela s’est très bien passé. L’échange a été constructif pour tout le monde.
C’est cet état d’esprit qui anime le vœu que j’ai déposé, auquel vous avez déjà un peu malheureusement répondu dans un sens que je regrette car il y a une inégalité de traitement. Pourquoi y voit-on clair sur 45 % du budget de la Préfecture et qu’on n’y voit pas clair sur les 55 % ?
Je conclus en disant que vous comprendrez, Monsieur le Préfet, que si la présentation du budget se révélait immuable, la confiance qui est encore la nôtre aujourd’hui ne serait plus de mise l’année prochaine. Et, comme un doux refrain humoristique, mon ultime mot de conclusion, Monsieur le Préfet, comme chaque fois qu’on se voit, je vous demande quand se réunira donc le comité d’éthique de la vidéo-protection.