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[Tribune] EHPAD : Préservons le service public du grand âge

La mobilisation concernant la situation dans les EHPAD, les services d’aide à domicile et plus largement tous les établissements pour personnes âgées prend de l’ampleur suite à la première journée de grève du 30 janvier dernier.

L’exaspération des personnels ajoutée à celle des familles et des aidants des personnes accueillies en EHPAD ne fait que s’accroître et nous ne pouvons que le comprendre. La dégradation des conditions de travail et le sous financement par l’Etat dédié au secteur du grand âge n’est plus supportable. L’épuisement, les problèmes liés aux recrutements des personnels ne permettent plus de trouver le nécessaire équilibre entre accompagnement et soins. Avec les années, la gestion de la dépendance de nos aînés est devenue de plus en plus difficile, les personnes arrivant de plus en plus tard en EHPAD et bien souvent, avec des niveaux de dépendance très élevés. Aujourd’hui, les résidents souffrent de pathologies multiples, de complications liées à des maladies chroniques, et pour certaines d’entre elles de troubles du comportement, notamment liés à la maladie d’Alzheimer ou à une grande précarité et tout cela représente une charge supplémentaire pour l’ensemble des personnels travaillant dans ces établissements.

 

Or, il est clair que les moyens ne sont pas au rendez-vous. La solidarité nationale ne franchit pas les portes des EHPAD. Les différentes réformes successives des précédents gouvernements, uniquement guidées par des enjeux « d’efficacité » de « performance », conduisent à une situation ubuesque. Elles ont été manifestement menées sans étude d’impact et sans réaliser les dégâts qu’elles pouvaient engendrer dans la prise en charge des personnes dépendantes.

Sous couvert de « convergence tarifaire », soit de faire en sorte que les mêmes actes soient payés de la même façon aux différents acteurs qu’ils soient privés, publics ou associatifs, la dernière réforme issue de la loi du 28 décembre 2015 pourrait impliquer pour le Département de Paris un transfert de l’argent public des EHPAD publics vers les EHPAD privés ! C’est un non sens ! L’argent public n’a pas vocation à rémunérer les actionnaires des EHPAD privés ! Les publics accueillis ne sont pas les mêmes, les prestations fournies sont différentes elles aussi et ne peuvent, en vrai, coûter la même chose. Nous en voulons pour preuve que les EHPAD publics de la Ville de Paris s’adressent aux personnes issues de la grande précarité avec plus de 63% des résidents pris en charge au titre de l’aide sociale légale, bien plus que la moyenne nationale. Ils ont une vocation de service public, les agents de ces EHPAD sont des personnes dévouées du service public de prise en charge de la perte d’autonomie. Ce sont des métiers difficiles et usants auprès de personnes qui nécessitent souvent un accompagnement supplémentaire, notamment une aide pour l’accès aux droits et les démarches administratives.

 

Notre volonté est que le service public du grand âge soit préservé, parce qu’il joue un rôle social majeur. Nous nous devons de pouvoir assurer aux parisiens des classes moyennes et aux plus précaires de pouvoir vieillir dans leur ville dans des conditions dignes et à des prix raisonnables.

 

De quelles solutions disposons nous aujourd’hui ? Madame la Ministre Agnès Buzyn, elle-même, après avoir rappelé que le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans allait passer de 1,5 million à 5 millions en 2050, a débloqué des fonds pour mieux amortir cette réforme dans les territoires. Mais ce ne sont pas 50 millions d’euros au niveau national qui changeront la donne. 50 millions, c’est 2500 postes, ce qui ne compenserait qu’un tiers des emplois supprimés par la convergence !

 

Aujourd’hui, nous demandons la mise en place d’un moratoire afin d’évaluer les ajustements nécessaires suite à la réforme et de profiter de ce temps pour clarifier le mode de financement de la perte d’autonomie au niveau national. Il faut donner aux départements de réelles possibilités de moduler l’application de l’équation tarifaire afin de définir une politique locale qualitative en faveur de la prise en charge de la dépendance. Nous souhaitons que soient reconnues les spécificités des personnes accueillies par les EHPAD publics et notamment les personnes atteintes de troubles psychiques qui nécessitent du temps d’accompagnement, ainsi que les personnes les plus précaires.

Lorsqu’il a mis en place la réforme tarifaire, il semble bien que le législateur n’ait pensé qu’en termes financiers et ait oublié ce qui est le plus important à nos yeux : le respect de la dignité des personnes âgées et la qualité des conditions de travail des personnels. La convergence tarifaire aurait pu s’accompagner d’une convergence des publics accueillis. Les EHPAD privés devraient prendre en charge une partie équivalente des personnes les plus modestes. Il n’est pas juste de la faire porter uniquement aux EHPAD publics. Cette réforme impose des contraintes fortes au secteur public sans jamais imposer l’accueil inconditionnel au privé. La mise en place d’un système à deux vitesses basées sur les revenus est inacceptable dans un débat qui mérite une attention particulière du Gouvernement et des financeurs. Il nous faut mener une réflexion plus globale pour plus d’équité et tendre vers un accès universel aux prestations, et une égalité de traitement pour tous.

 

Nous ne nous résoudrons pas à une privatisation forcée du secteur de la dépendance, qui a besoin d’un service public fort et désintéressé.

 

Galla Bridier, adjointe à la maire de Paris en charge des seniors et de l'autonomie

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